La commission des lois du Sénat a donc émis de fortes réserves mercredi concernant le texte sur la négation des génocides, au rang duquel figure le génocide arménien. Une motion adoptée sur la base d’une jurisprudence pour prévenir un risque d’inconstitutionnalité. Cette position exprime également, ne nous le cachons pas, des réticences venues de toutes tendances politiques confondues. Pour autant, elles ne sauraient préjuger de l’attitude des sénateurs lundi en séance.

Pour ma part, j’ai même le sentiment que jamais nous avons été aussi près du but, que le Sénat pourrait bien dégager une majorité d’élus, simplement déterminés, de droite, du centre et de gauche, à l’image de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, tous deux favorables au principe de pénalisation de la négation des génocides.

Pour cette raison, et compte-tenu du contexte de forte mobilisation des communautés turque et arménienne, je dois avouer ma surprise totale quant à l’intervention de madame la députée, Valérie Boyer, renvoyant la responsabilité de ce rejet par la commission des lois du Sénat aux seuls socialistes qui « ne maitriseraient pas leurs troupes ».



J’ai moi-même été rapporteur en 2006 d’un même texte, relatif à la sanction de la négation du génocide arménien, approuvé à l’Assemblée Nationale à une large majorité mais jamais présenté devant le Sénat. Soutenu par des élus de tous bords, Roland Blum notamment que j’avais très vite associé au projet de loi, je m’étais bien gardé à l’époque de toute tentative de politisation et de récupération partisane.

En rejetant la responsabilité d’un possible échec aux socialistes, en politisant un sujet qui a besoin de tout sauf de cela, Valérie Boyer prend le risque de jeter de l’huile sur le feu et de voir anéantir un espoir de justice porté par beaucoup à la mémoire notamment des arméniens exterminés ou déportés en 1915. Ce serait une immense déception. Un gâchis politique.

Loin des querelles d’égo, je souhaite que les sénateurs en leur âme et conscience poursuivent cette réflexion qui aujourd’hui s’impose : En France, au XXIème siècle, doit-on pouvoir continuer à nier, en toute impunité, un génocide ?